samedi 07 juillet 2012 à 14h32
Réaction(s)
Nouveau directeur sportif du RC Lens, Antoine Sibierski a été présenté à la presse ce samedi. Détendu et généreux en paroles, l'ancien milieu du Racing et de Manchester City a précisé sa vision de la situation du club.
Lensois.com : Antoine Sibierski, votre arrivée au poste de directeur sportif du RC Lens a été plutôt soudaine et inattendue. Comment cela s’est-il concrétisé ?
Cela a été soudain. Il y a une semaine jour pour jour, Luc Dayan m’appelle pour me faire part de ce chamboulement au sein du club et de son arrivée à la présidence. En accord avec le Crédit Agricole, il m’a demandé de venir avec lui en tant que directeur sportif. Je n’ai pas répondu tout de suite, car il fallait discuter avec ma famille qui habite encore à Manchester. Le dimanche, je suis revenu vers lui et j’ai accepté le rôle, en ayant conscience de la lourdeur de la tâche. Je connais Luc depuis 6 ans. Il m’avait sollicité à l’Entente SSG, non pas pour mettre de l’argent pour sauver le club. C’était une société qui avait des projets autour du stade. J’avais été sensible à cela et j’y ai mis de l’argent de ma poche. On a continué à se voir et on est devenu proche. Je n’ai pas tout plaqué, je me suis organisé. J’ai une femme remarquable qui comprend et participe aux décisions. J’ai créé une société évènementielle en Angleterre qui est gérée par mon frère. J’ai donc pu trouver la disponibilité nécessaire à l’investissement dans un club.
Auriez-vous relevé le challenge si cela avait été pour un autre club que le RC Lens ?
Non. Vous connaissez mon histoire. Même si je suis de Lille, je m’identifie peut-être plus à l’esprit lensois. Mon grand père est venu dans le Nord de Pologne pour travailler dans les mines et en est décédé. Mon éducation, ma famille, c’est exactement ce qui se fait dans la région, encore plus dans le Pas-de-Calais. J’y attache énormément d’attention, beaucoup plus que si un autre club m’avait demandé, ce qui a été le cas en France et à l’étranger.
« Redonner une dynamique au RC Lens »
Vous aviez déjà failli rejoindre le RC Lens pour le même rôle il y a un an, avant de voir Jocelyn Blanchard vous être préféré...
C’est vrai, il y avait Benoit Thans également. Mais Lens est un club que je suis depuis que je l’ai quitté. J’étais déçu sur le moment, quand Gervais Martel m’a sollicité. Lens est un grand club en France, avec de belles infrastructures. Tout est là pour faire un très bon travail. Maintenant, quand il a sélectionné Jocelyn Blanchard sur des critères qui lui appartiennent, j’ai accepté ce choix. Je lui ai même dit que c’était une bonne décision, pour connaitre Jocelyn. J’avais annoncé qu’il ferait du très bon boulot s’il en avait les moyens.
Quels ont été les mots de Luc Dayan pour vous convaincre de le rejoindre ?
Il m’a dit : « Antoine, c’est le poste que j’aimerais que tu prennes ». Il m’a dit mot pour mot : « J’aime le foot, mais ma qualité c’est de restructurer les clubs. Si j’ai réussi, c’est car j’ai laissé le sportif aux sportifs, donc tu auras tous les pouvoirs, des débutants aux pros. » Souvent, pour ce genre de nomination, on peut se sentir valoriser, prendre une dimension au dessus de ce qu’elle devrait être, car il y a une notion de pouvoir qui ne doit pourtant pas intervenir. Il n’est pas question de me prendre pour quelqu’un d’autre. Il faut faire profil bas et se retrousser les manches, faire ce qui aurait dû être fait depuis un mois, sans que l’on puisse blâmer les personnes concernées puisqu’on était dans le doute. J’assume mon rôle et je sonde tout le monde et avec mes convictions, je prends les décisions. Si l’aspect économique intervient, j’avais avant tout pour mission de redonner une dynamique au club. S’il y a des mauvais choix, on pourra s’en prendre à moi. S’il y a du bon, on pourra dire que j’en étais.
Quel diagnostic faites-vous de la situation du RC Lens ?
Je n’ai pas encore fait le tour. Les dossiers urgents, ce sont les professionnels, ceux qui doivent partir, ceux qui veulent partir, les joueurs a rencontrer, les agents… Et il y a aussi les éducateurs à la formation. Georges Tournay, Mickaël Delestrez, Olivier Bijotat, Michel Ettorre sont partis… Ce dossier de la formation est lui aussi très important. Par la suite, j’accorderai tout autant de considération à la formation, aux pros, qu’aux amateurs. Rencontrer les parents des garçons 5 ou 8 ans, rencontrer le collège, c’est quelque chose qu’il faut entretenir.. Je n’ai pas les diplômes pour être directeur du centre, mais j’ai pour mission de le trouver. Cela se fera en fonction de mon réseau, de ceux qui me solliciteront aussi. Heureusement, Lens reste attractif. Un bon exemple, c’est la signature de Jérôme Le Moigne alors qu’il était sollicité par d’autres clubs. Mais ça, c’est tout le travail de Gervais Martel et des gens qui l’accompagnaient.
« C’est très délicat… »
Vous allez désormais devoir gérer le mercato, alors que des joueurs ont déjà été approchés par l’ancienne équipe…
C’est très délicat. C’est moi qui prends les décisions alors que je n’ai pas fait le travail en amont. Ce sont des joueurs que Gervais Martel, Jocelyn Blanchard, Didier Senac et Jean-Louis Garcia ont considéré pouvoir prendre. Si je valide des éléments que je n’ai pas vus, j’en prends la responsabilité et on pourra s’en prendre à moi, mais ils peuvent être de bons joueurs à ne pas louper. Pour Jérôme Le Moigne, j’ai fait confiance à la vision et aux connaissances de ces gens. Ils connaissent le football et je n’ai aucun mérite là-dessus. Trois ou quatre autres joueurs figurent sur une liste. J’ai besoin de me faire une bonne idée, de les connaitre en terme d’état d’esprit. J’appelle des gens qui les ont connus et je vois un maximum de vidéos pour avoir une bonne idée. Ensuite, je valide ou non.
Vous avez un gros chantier devant vous, le jeu produit par le RC Lens n’a pas été des plus séduisants ces dernières années et le Crédit Agricole a budgétisé une 16e place…
C’est vrai que ce n’était pas terrible. Quand on va à Lens, c’est pour voir des joueurs généreux. Pour moi, le joueur peut se tromper, mais l’homme non, surtout à Lens. Le minimum que je demande aux joueurs, c’est donner tout ce qu’ils ont. Il faut de la qualité aussi mais ce qui a fait que le Racing a gagné son seul titre en Ligue 1, c’est ça. Ce n’était pas les meilleurs du monde, mais dans l’attitude, il n’y avait rien à leur reprocher. Ils étaient doués et avaient un projet commun. C’est quelque chose que l’on doit construire. On doit avoir le projet commun de jouer les premiers rôles en Ligue 2. Je sais qu’on va me prendre de volée dans 5 ou 6 mois si ce n’est pas le cas, mais j’ai de l’ambition. J’ai lu pour le Crédit Agricole mais il pense logiquement de façon plus économique. Mais j’aime me fixer des objectifs hauts. On risque de me prendre pour un fou, mais je veux jouer les premiers rôles. A moi d'activer mes réseaux, en recrutant des joueurs supérieurs au niveau Ligue 2 à moindre coût, ce qui ne veut pas dire que certains dans le groupe ne l'ont pas déjà.

