Le 9 mai 1998 est gravé dans la mémoire de ceux qui l’ont vécu. Il y a 24 ans, le RC Lens était sacré champion de France au prix d’un nul 1-1 à Auxerre. Qui l’aurait cru, encore 20 ans auparavant ? Nous y étions et voici comment nous l’avons vécu (Cet article est une rediffusion d’une publication du 20e anniversaire du titre, vous pouvez retrouver une vidéo de résumé du match issue de Youtube tout en bas).

Difficile de narrer ce jour de gloire sans revenir une semaine arrière, au 2 mai 1998. Le RC Lens, sans montrer son vrai visage, comme éteint par l’enjeu et l’environnement du Stade de France, vient de perdre 2-1 face au Paris-Saint-Germain en finale de la Coupe de France. Dans le RER, première étape en transport d’un retour qui pouvait paraitre bien long, les supporters lensois sont nombreux à avoir la mine basse. Certains ont les larmes aux yeux. « On va tout perdre » est une phrase qui revient souvent dans les commentaires. Le RC Lens ne fera pas le doublé, c’est acté. Mais il a encore un premier titre de champion de France à gagner en faisant au moins nul à Auxerre lors de l’ultime journée, à condition que les Messins n’explosent pas Lyon à Saint-Symphorien dans le même temps.

Une semaine plus tard, à l’Abbé-Deschamps, tout semble oublié. Pourtant, le RC Lens est mené 1-0 à la pause sur un but de Sabri Lamouchi (14’) d’une frappe sèche, Lionel Charbonnier arrête tout avant de sortir sur blessure pour être remplacé par l’excellent Fabien Cool (28’) et Metz a pris le dessus. Le Racing n’est plus champion mais pourtant, on ne sent plus les craintes de l’après-finale dans le coin de tribune où nous nous trouvons, en latérale, près du parcage lensois situé derrière un but. Et autant dire que même là, les supporters lensois étaient nombreux. L’espoir demeure car cette fois, les joueurs de Daniel Leclercq sont bien eux-mêmes. Ils dominent, poussés par le kop. On a retrouvé ce RC Lens qui parait inarrétable depuis plusieurs semaines.

« Vous allez gagner ce match, c’est sûr », glisse un supporter auxerrois en tribune, alors que son équipe mène toujours 1-0 et postule à une place en coupe Intertoto. On a confiance en Tony Vairelles, Stéphane Ziani and co mais on se dit qu’un petit coup de pouce de Lyon à Metz serait sympa. Sur le terrain, les joueurs restent concentrés sur leur match et rien que leur match. « Nous avions pris la décision de ne rien écouter, nous confiera un jour Guillaume Warmuz. On ne voulait pas tout perdre. La semaine d’avant, on perd 2-1 en finale de Coupe de France contre le Paris-Saint-Germain alors que nous étions plus forts. A Auxerre, nous rentrons menés à la mi-temps. Nous nous sommes dit que nous ne pouvions pas tout laisser filer, qu’il fallait saisir cette chance. Puis Frédéric Déhu envoie cette passe à Yoann Lachor à la 53’ pour l’égalisation… » Ce n’est pas juste le parcage qui se lève mais pratiquement tout le stade. Car outre les Lensois disséminés partout, on voit plus d’un Auxerrois applaudir, comme ils le feront après le match. L’attente est ensuite insoutenable en tribunes alors que les Sang et Or ne lâchent rien et que l’on est plus près du 2-1 pour Lens que pour Auxerre. Avec cette équipe, maintenir le nul ne se fait pas en attendant l’adversaire mais en harcelant sa défense. Situés à l’opposée des bancs de touche, on ne perçoit pas que Daniel Leclercq est en train de crier à l’un de ses joueurs d’aller « vite devant, merde ! », comme on l’entendra mieux sur nos VHS qui finiront usées par les multiples visionnages.

Ce petit point, en réalité injuste au regard de la rencontre tant il méritait mieux, le RC Lens sera allé le chercher en étant fidèle à ses principes. Metz a gagné 1-0 contre Lyon mais le Racing est bien champion de France à la différence de buts. A l’époque, il n’y a pas de smartphone et d’internet en tribunes. Juste des radios dans quelques coins de tribunes et un bouche-oreille qui permet à tout le monde d’être au courant que non, Metz n’a pas mis 7-0 à l’OL. En reste ces images incroyables du stade Bollaert presque plein en pleine nuit que l’on découvrira  à la télévision le lendemain matin ou des rues de Lens remplies de milliers de supporters pour voir défiler les Sang et Or dans une benne à leurs couleurs. C‘était il y a 20 ans. En 1998, quand on regardait des images du football « d’il y a 20 ans », on voyait les Verts des années 70, la Coupe du monde en Argentine, des images parfois en noir et blanc ou granuleuses. Ça nous paraissait un autre temps. Une époque où le RC Lens faisait un exploit contre la Lazio mais descendait puis remontait en 2e division. C’est le fossé qui nous sépare aujourd’hui de ce titre. Vu le chemin parcouru pendant les 20 années qui ont précédé le titre, qui sait ce que l’on vivra dans les années à venir ?

Christophe Schaad