Juste avant une dernière séance d’entrainement qu’il a souhaité ouverte au public pour plonger ses joueurs dans l’atmosphère du derby du Nord, l’entraineur artésien Pierre Sage est revenu sur le grand rendez-vous qui attend le RC Lens ce samedi à Bollaert contre Lille (21h05, 5e journée de Ligue 1).

Lensois.com : Pierre Sage, nous sommes dans une période où Lens gagne rarement les derbys, avec une série de 6 matches sans victoire. Qu’est-ce qui fait que ça peut changer ?
La première chose qui nuance cette statistique, c’est que le football n’a pas de mémoire. Ce n’est pas parce qu’on est dans une série que le match ne peut pas aboutir à un autre résultat. C’est vrai pour les séries de victoires ou de défaites, et donc pour cette série aussi. Ce sera un match intéressant et je suis impatient d’y être.

Vous avez connu les derbys entre Lyon et Saint-Étienne, à la formation, mais aussi une fois en pro. Qu’en avez-vous retenu ?
Le résultat final, une victoire 1-0 ! Je me souviens qu’on attendait beaucoup ce match. Beaucoup de choses s’étaient passées en amont et le jour même, il y avait un sentiment un peu spécial. Heureusement, la victoire était là car il n’y avait pas grand-chose de particulier à retenir. L’expérience m’amène à dire qu’il ne faut pas que le match soit joué avant qu’il ait lieu. Il fallait imprégner les joueurs de l’importance de ce derby et c’est pour ça que j’ai souhaité que l’entraînement soit ouvert au public ce vendredi soir. C’est un match important pour nous et la région.

Justement, quelle importance accordez-vous à cette séance en public et comment l’avez-vous abordée pour éviter les complications qui pourraient survenir à cause du bruit ?
Cela permet aux nouveaux joueurs de baigner dans la culture de ce derby, de prendre conscience que ce match a une saveur et une intensité particulières, qu’il demande donc une préparation spécifique. C’est pour ça qu’on change les conditions. D’habitude, cet entraînement de veille de match est complètement fermé, même les gens du club n’ont pas le droit d’y accéder. C’est donc une approche particulière. Pour l’avoir vécue l’an dernier, je sais qu’on ne peut pas donner de consignes sur le terrain, c’est pour ça qu’on présente la séance au groupe en amont, afin d’éviter les petits couacs.

Ils se sont replongés dans la saison 2021-2022 avec 3 derbys gagnés

sage entraînement qa

Sur un plan plus personnel, comment appréhendez-vous ce derby ?
La première fois que je me suis assis sur cette chaise pour ma présentation, il y a eu une question assez rapidement sur cette date et ce match. J’ai donc vite compris que c’était un élément important. Et depuis, j’ai mis le nez dedans. J’ai regardé les expériences passées pour le club, les différents succès et les différentes désillusions. Et on a voulu, cette semaine, faire en sorte que les joueurs puissent prendre conscience de ces choses-là. Il y a donc eu différentes actions menées, et notamment une qui nous a renvoyés à l’année où l’équipe avait gagné les 3 derbys (2021-2022), avec le retour ici qui était extraordinaire. Je vous avoue que, ne l’ayant pas vécu, ça m’a vraiment interpellé. Les émotions sont montées un peu. On m’a donné la parole à la fin et j’ai dit : vivement que ça arrive, parce que là, j’ai juste envie d’aller sur le terrain !

Cette saison, vous avez été amené à dire que votre équipe ne pouvait pas se permettre de basculer du mauvais côté psychologique face à certaines contrariétés qui arrivent en match. Comment avancez-vous sur ce point ?
C’est une chose à laquelle les joueurs sont confrontés en permanence, parce qu’à l’entraînement, ils font également des erreurs et doivent en assumer les conséquences. Si la séance devait s’arrêter là pour eux, il est évident qu’ils perdraient du temps d’entraînement. On essaye de les stimuler dans la période qui suit juste après, de faire en sorte que leurs partenaires proches aient aussi une communication très positive avec eux, de manière à ce que le rebond soit le plus rapide possible et que l’erreur ne soit qu’un phénomène isolé, qui n’en entraîne pas d’autre. Sur le match à Paris, il y a eu un phénomène à un moment donné par rapport au premier but encaissé qui a amené un certain nombre de choses négatives pour l’équipe, mais il y a eu aussi ce rebond et le fait d’exister dans cette mi-temps. Je ne vous dis pas qu’on est guéris, mais on est plutôt sur le bon chemin.

Quelles craintes nourrissez-vous par rapport au Losc ?
Le mot « crainte » est fort, mais dans ce sens, c’est vrai que c’est une équipe qui développe beaucoup de jeu, qui a des intentions depuis des années. Malgré les changements de joueurs, elle maintient ses principes. À nous de faire en sorte que l’expression de leur jeu offensif se réduise à un minimum, en ayant un maximum le ballon, en le récupérant rapidement. Et en veillant à ce que notre intensité soit supérieure à la leur dans le jeu et dans notre manière de défendre, pour que leur match devienne plus compliqué.

Vous avez reproché par le passé à vos joueurs d’être trop bons élèves, trop scolaires… Qu’en est-il désormais ?
Je suis revenu là-dessus avec les joueurs mercredi. J’ai dû élever un peu la voix en leur disant que le football était un sport d’opposition et que, dans ce sens, on ne pouvait pas créer les conditions pour que notre adversaire soit dans une situation favorable. Il y a eu des effets assez rapides. Je pense que, par rapport au match qui nous attend ce week-end, on se doit d’être plus conquérants et agressifs dans la finition. Ça reboucle avec notre match à Paris, où on a eu des opportunités de faire un autre résultat qu’on n’a pas saisies, et donc cette frustration-là doit être aujourd’hui une source de motivation supplémentaire pour éradiquer ce phénomène.

Propos recueillis par Christophe Schaad, à la Gaillette-Gervais Martel