Avant de recevoir le Paris FC, le RC Lens reste sur deux matches terminés à dix, après les expulsions de Jonathan Gradit à Rennes dès la 1ere minute (0-0) et celle d’Ismaëlo Ganiou à un quart d’heure de la fin à Auxerre (1-2). À chaque fois, cela a plutôt bien réussi aux Lensois, qui ont montré de vraies vertus de solidarité sans perdre leurs ambitions dans le jeu. À Auxerre, ils sont même allés chercher une victoire qui semblait loin de se dessiner à onze contre onze…
L’entraîneur lensois Pierre Sage revient sur ces deux rencontres très différentes et sur les ressorts psychologiques qui ont amené son équipe à si bien se comporter dans cette situation alors qu’aucun sentiment d’injustice n’avait lieu d’être : « La première fois (ndlr : contre Rennes), je pense qu’il n’y a pas grand-chose à dire. Ça vient très vite dans le match. C’est une situation qu’on subit et, malgré tout, dans laquelle on ne s’est pas victimisés. On a plutôt resserré les énergies pour essayer de produire le match qu’on a produit. On est plutôt contents d’avoir vécu ça. Sur le deuxième match (ndlr : contre Auxerre), comme je vous l’ai dit, j’ai fait le choix de ne pas sortir Ismaëlo Ganiou étant donné qu’il fallait réorganiser l’ensemble de l’équipe. Mais j’ai lu, je ne sais plus si c’est sur un réseau social ou chez un de vos confrères, qu’au final, même quand on prend un rouge, il faudrait réorganiser toute l’équipe. Donc, si j’avais eu cette présence d’esprit à ce moment-là, peut-être que j’aurais fait le changement. L’idée était bonne (sourire). Dans les deux cas, on n’a pas subi d’injustice. Les deux expulsions étaient complètement justes. Et je pense qu’on se dit que, de toute façon, si on fait tous 1 % de moins, ce sera très compliqué. Donc autant faire 5 % de plus. Et la multiplication de ce regain d’engagement fait, à un moment donné, que l’équipe est meilleure. »
Les joueurs sont aussi préparés à jouer en infériorité numérique, ce qui facilite leur adaptation. Le technicien explique : « En situation d’entraînement, on crée volontairement des supériorités. Il arrive que, parfois, un joueur doive quitter la séance parce qu’il a une douleur ou pour d’autres raisons. Et je ne suis pas du genre à aller chercher un joueur sur le terrain de l’équipe réserve. Je suis plutôt d’avis de faire en sorte que les joueurs s’organisent et s’entraînent justement à jouer en infériorité numérique, puisque ça se produit. Il y a même des coachs qui jouent des matchs amicaux complets à dix contre onze, de manière à se préparer à ce genre d’éventualité. Je n’en suis pas là, mais je sais que c’est un élément important et qu’il faut l’anticiper. Alors, tout ça est aussi une question de comportement, de don de soi, d’implication athlétique notamment. »
« Ça prouve qu’il y a un déficit quelque part »

Il attend maintenant de ses joueurs qu’ils soient capables de libérer la même énergie à onze contre onze : « Après Rennes, je me suis permis de dire aux joueurs que le danger, ce serait de considérer qu’on a fait quelque chose d’extraordinaire en réalisant un match de ce niveau-là à dix et de penser que ça va être très confortable à onze. Donc, j’ai essayé de renverser cette tendance-là en leur disant qu’il fallait justement utiliser toutes les ressources qu’on avait mises sur la table à Rennes, avec un joueur de plus, pour faire un bon match à Auxerre. Et je vous avoue que je ne suis pas du tout content du match qu’on a livré à Auxerre, si ce n’est les vingt premières minutes et les dix dernières, à partir du moment où on a été en infériorité. Donc, on a beau théoriser la performance, ça reste une activité humaine. Et dans ce sens, il n’y a pas de garantie que le chemin qu’on trace soit respecté à la lettre. Mais, dans tous les cas, c’est sûr qu’il y a des choses qui se jouent. Et de là à les rationaliser, les modéliser pour les réutiliser dans un autre match ou un autre contexte… Ça tient pour l’instant de la recette, mais je n’ai pas encore assez affiné le travail pour pouvoir en tirer vraiment une leçon et la réexploiter. Je pense qu’en ayant fait ce match-là à Rennes à dix, on s’est dit que le match suivant à onze allait être facile. On est peut-être rentrés dans le match avec ça en tête, même si on avait alerté les joueurs à ce sujet. Mais encore une fois, en voulant alerter les joueurs, malgré tout, on le met dans leur tête, même si on le dit de manière préventive. À partir du moment où ça devient un élément de langage, ça devient aussi une considération pour les joueurs. Et peut-être qu’il aurait été préférable de ne rien dire. »
Le souhait est bien sûr de finir à onze, même si ces situations ont réussi au RC Lens. C’est un axe fort de progression du moment pour le Racing, car ces rouges résultent de véritables erreurs : « Ces expulsions sont les conséquences d’erreurs qu’on a faites, d’erreurs de timing, d’erreurs de gestion d’émotions. On ne peut pas se satisfaire de jouer à dix et ça ne doit pas être une ambition. Ça prouve qu’il y a un déficit quelque part et qu’il y a forcément quelque chose à combler », lâche Pierre Sage, qui espère ainsi voir son équipe se montrer capable de briller à onze ce dimanche contre le Paris FC.
Propos recueillis par Christophe Schaad à la Gaillette-Gervais Martel.
Ca doit être super plaisant pour les joueurs d’être coaché par un pédagogue comme PS. Pour ma part, la meilleure recrue de l’été !
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